Tunisie/Libye : Des relations incertaines, dans un climat confus
   
Publié le Mardi 03 Janvier 2012 à 15:26
La Tunisie doit-elle trop compter sur la Libye pour sortir de ses difficultés économiques ? Le marché libyen peut-il constituer un réservoir d’emplois pour nos chômeurs, et une terre d’investissements pour notre capital ? Rien n’est moins sûr à ce stade, où la situation semble plutôt confuse, et les contours des relations tuniso-libyennes encore obscurs.

Les relations internationales qu’elles soient avec pays frères ou amis, obéissent à la logique des intérêts. Dans le cas d’espèce, la Tunisie et la Libye ont certes besoin l’une, de l’autre ; loi de la géographie oblige. La révolution et la guerre en Libye l’ont confirmé. Pour fuir les bombardements, nos voisins libyens ont trouvé en masse refuge en Tunisie, où nos compatriotes du sud les ont accueillis avec toutes les marques d’hospitalité. Une osmose est donc née, tout au long de cette période difficile, entre les deux peuples, preuve qu’ils sont liés par une communauté de destins, dans le meilleur, comme dans le pire. Cela va-t-il se confirmer dans l’avenir ? Les relations entre les deux pays sont-elles vouées à s’affermir davantage ? Si oui, dans quelle direction, et selon quelles règles ?

Il est encore tôt de prévoir de quoi demain sera fait, au regard du climat d’incertitude qui prévaut en Libye. D’autant plus que ses nouveaux dirigeants reconnaissent leur impuissance devant le chaos, et leur incapacité à permettre un regain de sécurité, préalable à la reprise du cours normal de la vie. Les tensions sur nos frontières, avec les agressions récurrentes des insurgés libyens contre les patrouilles tunisiennes, même si elles sont minimisées par les politiques des deux côtés, pèseront d’une manière, ou d’une autre sur les relations tuniso-libyennes.

Plus longtemps durera l’instabilité en Libye, plus la situation à nos frontières sera précaire. Or, le volet sécuritaire est primordial, c’est lui qui déterminera l’évolution des relations économiques entre les deux pays. Les quatre libertés pour lesquelles plaide la Tunisie, lors de cette visite présidentielle, comme l’a déclaré la Présidente de l’UTICA, à savoir les libertés de déplacement, de séjour, de travail et de propriété ne pourront être consacrées dans les faits sans un retour au calme en Libye. Une libre circulation des marchandises et des personnes entre la Tunisie et la Libye ne peut, tout aussi, intervenir sans stabilité.

La Libye s’apprête à entamer dans un temps encore indéterminé l’œuvre de reconstruction. Les candidats aux juteux marchés de reconstruction sont nombreux. Selon certaines indiscrétions, dans les milieux des affaires tunisiens, les Français ont raflé la mise, et n’ont laissé que des miettes aux autres prétendants. La France veut être "récompensée" pour ses efforts dans la chute du régime du défunt colonel Kadhafi. La Grande-Bretagne espère aussi avoir sa part du butin. Nicolas Sarkozy et David Cameron ont fait le déplacement en Libye dès septembre 2011, alors que Kadhafi courait toujours, et ont assuré les autorités libyennes de leur soutien indéfectible pour reconstruire l’avenir. Sarkozy avait alors joué les bons samaritains, récusant tout but mercantile de l’assistance française à la Libye. Mais, personne n’est dupe , a fortiori que l’économie française est fortement éreintée par la crise, et que le candidat Sarkozy aurait à cœur à montrer, à moins de quatre mois des présidentielles, les bienfaits de son intervention en Libye sur l’économie de l’Hexagone.

Tout compte fait, le marché libyen est loin de nous être acquis. D’où l’intérêt de tempérer les aspirations tunisiennes envers ce qui nous est présenté comme la panacée libyenne. La situation chez notre voisin du Sud reste l’otage de nombreux impondérables, et l’Etat tunisien ne peut planifier son développement, et penser sa croissance, sur la base de potentialités hypothétiques. Selon plusieurs indices, la Libye ne va pas constituer, du moins dans l’immédiat, une terre d’accueil et de travail pour les Tunisiens. Mais, n’insultons pas l’avenir, et laissons du temps au temps.

D’ici là, nos dirigeants gagneraient à trouver des solutions locales aux multiples problèmes qui nous guettent. Car, à voir l’état actuel de nos pays frères et amis, ce serait un leurre que de croire qu’ils vont nous venir à la rescousse d’aussitôt. Le monde traverse actuellement un épisode du "chacun pour soi, et Dieu pour tous". Cela ne veut pas dire que les pays vont rétablir les barrières et vivre en autarcie, loin s’en faut, mais, les relations internationales continueront à être nouées et dénouées, au gré du rapport bénéfice/risque. C'est-à-dire, si un pays trouve dans ses rapports avec un autre une manière d’y perdre, plus que d’y gagner, il ira chercher ailleurs. C’est l’heure des Etats solitaires et non solidaires, même les unions que l’on croyait solides, sont en train de vaciller au point que leur pérennité soit remise en cause.